On ne laissait plus Ferdinand s’expliquer.

— J’ai une idée, énonça Ribérol. Écrivez donc à la jeune fille en mal de controverse littéraire ; elle est certainement imbue de féminisme, d’humanitarisme, prête à quelque grande croisade… En quelques lettres, vous lui camperez votre Catherine sur les bras, puis vous ferez le mort pour l’une et l’autre.

Jeannin lança un geste oratoire. La maîtresse de la maison arrivait derrière sa chaise, un plateau à la main ; elle s’arrêta, de connivence avec les auditeurs.

— Sans compter, mon ami, proclama-t-il, que vous pouvez tomber sur une rareté. Il y a quelques années, j’ai rencontré, comme cela, par la poste, une jeune fille de mentalité vierge, étroitement fermée au monde des idées. Elle a résisté, puis j’ai régné. Au bout d’un certain temps de rapports épistolaires, une conception « à nous » de l’univers, lui est venue… Et j’ai eu l’exacte conscience de l’avoir engrossée moralement !

La maîtresse de maison, très belle, tenait son thé fumant près de Jeannin et souriait, énigmatique.

Les quatre auditeurs assis luisaient de l’œil.

Jeannin, animé d’une malice faunesque, insista :

— Il y a eu innocence perdue par mon intervention masculine, et j’ai laissé un moule par où les idées de quiconque ont dû passer ensuite ! Le mari a pu s’inscrire ultérieurement, ce n’est pas lui qui a mis les premières idées mâles dans cette intelligence ; une possession féconde et persistante l’avait précédé, lui !

Jeannin perçut un petit bruit de porcelaine, se tourna et bâilla devant madame Vaclin. Chacun éclata de rire.

— Spécialisez-vous dans ce genre de prouesse, conseilla la dame, très déesse, cela ne vous mènera pas à la paralysie générale. Et… tout de même, prenez-vous ?