Chaupillard était capable de sacrifices considérables, du moment qu’il s’agissait d’empêcher un ami d’affronter le jugement de la foule stupide. L’auteur dramatique au nom insaisissable devait, à ses démarches obstinées, d’avoir quitté le Chemin de fer où il trouvait le loisir de combiner des pièces, pour l’Administration des Postes un peu mieux payante, mais si exigeante qu’il ne pouvait plus songer au théâtre.

Ferdinand s’arrêta brusquement devant le Ministère de la guerre :

— Quant à ça, je vous défends bien de vous immiscer dans la vie de Catherine, cria-t-il avec un mouvement de côté, comme pour héler le factionnaire.

— Écoutez donc, il faut l’envoyer à l’étranger, elle amassera de l’argent.

— Vous êtes fou. Je vous dis qu’elle ne me gêne aucunement ; bien au contraire nous exigeons, ma femme et moi, d’assumer certaines responsabilités.

— Le mieux, ce serait de marier cette malheureuse hystérique, si vous lui portez tant d’intérêt. Mais, attention ! voilà un personnage qui manque à votre roman, mon petit… le premier séducteur de Catherine !

Le long du boulevard désert, Ferdinand marchait vite et lançait des exclamations : « Zut ! tâchez de nous ficher la paix ! » Mais il quitta Chaupillard, sans avoir obtenu son désistement.


Il ne dit rien à Marthe ni à Griffon, selon un formel parti pris de ne pas admettre les préoccupations anti-littéraires.

Mais, à cause de son tempérament scrupuleux, il fournit un travail moins sûr ; les dires de Chaupillard contenaient peut-être une parcelle de vérité ; la personnalité apparente de Catherine pouvait être dédoublée, ou transitoire ?