Et surtout, il eut beau vouloir « penser à autre chose », une inquiétude lancinante lui resta : il avait trop parlé de Catherine. Chaupillard allait inévitablement ourdir quelque malheur.
Une première réussite paya les efforts de Chaupillard ; Ferdinand, soustrait à l’accaparement heureux de l’œuvre, baissa momentanément de cœur et d’esprit, comme un homme dont on a gâté l’idéal, et il se trouva moins résistant aux pièges de la vie.
Un après-midi, au bureau, il écrivit en secret à « la jeune fille dans sa famille », non pour la chance de l’intéresser à Catherine, mais par une impulsion malsaine, indéterminée, avec la conscience qu’il ferait mieux de s’abstenir.
Et il analysait ses récents écarts de volonté. Il se rappelait certaines boutades prophétiques de Jeannin :
— Très dangereuse la crise « des premiers chapitres faits » ; beaucoup d’aspirants cèdent à une sorte d’ivresse, perdent la tête, se trompent de but…
Ou encore :
— La première ébauche d’un roman, c’est comme un enfant vers les sept ans : ça vous tourmente, c’est délicat et, parfois, ça ne grandit pas.
Cet animal de Jeannin s’y connaissait fichtrement ! On passe par une sacrée effervescence, on voit l’œuvre finie par avance, on la possède… puis, c’est la fatigue triste, l’incertitude ; il semble que la puissance créatrice toute usée ne reviendra plus.
VII
Ferdinand renfonçait ses ennuis, de peur de les agrandir et de les implanter par le moindre commentaire. Quand Marthe et les enfants regardaient un peu attentivement son front « chargé », il leur disait des bêtises, comme pour leur donner le change et les empêcher d’interroger.