Il ne voulait pas non plus qu’aucune contrariété diminuât sa quantité de travail : bon gré mal gré, la production suivait son cours.

Plusieurs fragments furent lus aux Griffon, pas mauvais, mais laissant cette impression que l’œuvre tâtonnait.

La charmante Adèle restait ébaubie de constater que l’on pouvait composer tant de phrases « pas pareilles ». D’autant plus que toute page écrite lui représentait du définitif, elle ne trouvait rien à critiquer malgré un désir évident.

Une fois, à table, elle questionna Ferdinand d’un accent craintif, désappointé :

— Puisque vous discutez si bien sur les « machines d’art » avec mon mari, vous êtes sûr de faire un chef-d’œuvre ?

Ferdinand s’exclama :

— Justement non ! C’est ça l’épatant ; dans la littérature, c’est exactement comme dans la vie : on sait en quoi consiste le bien, on connaît son propre intérêt, on critique autrui admirablement, et l’on ne peut pas s’empêcher de mal faire !

Il attrapa Griffon par la manche :

— Enfin, mon vieux, je t’ai répété, pas dix fois, mais cent fois : « Dans un roman, les dissertations des personnages me paraissent rasantes et surtout hors du genre ? » Eh bien, vois le mien, de roman ! Mes gens prêchent à tout bout de page, impossible de les contenir, ces bougres-là !

— Cela vient peut-être de ce que tu as une femme trop bavarde, proposa Marthe d’un ton amusé, car elle ne croyait pas aux défauts de l’œuvre.