Madame Griffon eut un bon rire ouvert ; cette impossibilité de « faire bien » la soulageait :

— Vrai ? C’est une faute que les personnages développent des professions de foi ?

— Parbleu ! Généralement il n’y faut voir qu’une malice pour caser « des réflexions d’auteur »… Ah ! voilà quelque chose d’horripilant : un monsieur qui se colle devant vous à chaque instant !… Laissez donc « la part au lecteur », bon sang de chien !

— Oui, approuva Griffon, celui qui ne pérore pas et surtout qui se dispense d’apprécier son propre récit est le romancier idéal.

— Tenez ! décida Ferdinand, il y a un de mes types, Giblotin, vous savez ? Je vous jure que si je le repige à résoudre la question des bureaux de placement, je le flanque à la porte de mon roman !


Malgré sa volonté que l’histoire de Catherine fût une inoculation de contentement, madame Griffon s’inquiétait à un point de vue personnel de la visée de l’œuvre.

Griffon, de son côté, poursuivi par cet épouvantail : l’égoïsme de classe, attribuait au roman égalitaire de Ferdinand la valeur d’un guide précieux.

Chez lui, tout à coup, il posait son journal et allait à la cuisine :

— Eh bien, Maria, quelles nouvelles ? Votre père est-il guéri ?