Il réfléchissait :
— Nombre d’excellentes gens consomment leur bonne sans jamais s’aviser de dire : « Vous avez peut-être besoin d’une permission qui n’est pas expressément dans le contrat de louage ? » On a la bonne comme on a le gaz, sans y mettre de sentiment, c’est le « service » monté sur deux pattes et circulant…
Autre effet du roman. Madame Griffon, persuadée d’être une novatrice inspirée, avait converti madame de Mireille. Une période vint où ces dames rivalisèrent de sollicitude, l’une à l’égard de sa Maria, l’autre à l’égard de sa femme de chambre.
— Ma chère, je la purge toutes les semaines.
— J’ai autorisé mon dentiste à faire à « la mienne » les mêmes pansements qu’à moi.
— J’envoie Maria voir toutes les pièces nouvelles aux Bouffes-du-Nord, je tiens à ce qu’elle soit au courant du théâtre.
Ce fut madame de Mireille qui l’emporta :
— Je trouvais Rose languissante, pâlotte. Je lui ai fichu une bonne claque : « Vous nous embêtez, comment s’appelle-t-il votre amoureux ? — Jérôme. — Il est soldat, n’est-ce pas ? — Oui, madame. — Eh bien, il a tort. Voilà de l’argent, allez faire un tour de valse au Moulin de la Galette. » Nous avons pleuré ensemble ; je lui ai dit : « Je ne sais pas ce qui me retient d’aller avec vous. » Eh bien, elle est revenue fraîche et guillerette. Par exemple, elle sentait un peu la pipe, vous savez ? la pipe de peintre. Alors je lui ai signifié : pas de bêtises…
Et madame de Mireille continua son compte rendu, le nez fourré dans la nuque de son amie. Elle termina, la mine grave, la main en l’air :
— Toutefois, j’ai été stricte : « Vous allez écrire une belle lettre à Jérôme et dire que vous ne l’oubliez pas. »