A la vérité, madame Griffon, de tout temps, avait emprunté à ses lectures des attitudes et des résolutions. Le copiage était aussi inconscient que flagrant ; elle accompagnait ses gestes de citations textuelles.

Son mari s’abstenait de formuler aucune remarque, car, chose la plus inattendue, elle était encline, sans exception, à imiter les personnages vertueux et paradants. Malheureusement ces dispositions duraient peu. Et, plus malheureusement encore, elle lisait trop d’ouvrages où nul personnage ne s’embarrassait de morale, à moins que les héros ne montrassent des vertus de mélodrame, d’une application difficile en chambre ; elle en était réduite souvent à rêver de sauver des noyés, ou d’arracher un innocent à l’échafaud. C’était l’acte même raconté qui la tentait, sans transposition.

L’ouvrage de Ferdinand n’avait donc pas un mérite unique, mais le fait de connaître l’auteur et la réalité de sa documentation renforçait étrangement l’hypnotisme habituel.

Une sorte de hantise générale s’étendit. Griffon et sa femme disaient couramment à propos de leurs querelles intimes :

— Le roman tourne mal chez nous.


Chez les Prestal, la dette du roman devenait impérieuse et harcelante, selon les prédictions de Chaupillard.

Marthe se plaignait en riant :

— Je ne peux pas bouger comme je veux, partout je me cogne les coudes au roman.