Un poids horrible se détacha de la poitrine de Maurice. Il ressentit plus vivement les pertes d'argent qu'il avait éprouvées.

—J'attends votre frère, Léonide: je suis dans l'impatience de son retour. Dès qu'il sera rentré, faites-le passer aussitôt dans mon cabinet, je vous en prie. Allez dans votre appartement; moi je me rends de ce pas au pavillon d'Édouard, pour lui communiquer notre commune résolution.

—Commanderai-je des chevaux pour trois heures?

—Chargez-vous de ce soin, Léonide.

Léonide se retira.

Dès qu'elle fut partie, Maurice se dirigea vers le tambour des deux portes. Il se baissait pour soulever la trappe, lorsqu'il la vit s'élever et paraître Édouard, qui le suivit dans le cabinet.

—C'est chez le notaire que je viens, dit Édouard en s'asseyant: me promet-il d'être aussi bon pour moi que l'ami?

—S'il le peut, pourquoi non?

—Il le peut. Tu me dispenses des précautions oratoires usitées dans les romans: arrivons au fait tout de suite. Je suis fils unique, tu le sais; ma fortune est à moi, avec le droit d'en disposer à mon gré sans en référer à personne. Ceux qui auraient quelque prétention sur mes biens sont des parents éloignés et la plupart si riches, que sans injustice ma générosité peut les ignorer. Une condamnation à mort ne fut jamais un brevet de longévité. Qu'on m'arrête demain: dans trois jours je n'existe plus; et ce que je possédais ira grossir les fortunes déjà immenses de ces parents dont je te parlais. Il est prudent de se mettre en règle. Tu me vois chez toi pour toutes ces raisons. Décidé à partir demain pour Paris, c'est encore une raison, n'est-ce pas, pour hâter mes dispositions? Dresse donc un écrit simple et clair dans lequel tu stipuleras que je laisse mes biens à partager après ma mort en trois parties égales: la première partie reviendra à... le nom en blanc; la seconde aux paysans pauvres de ma commune en Vendée; la troisième à Louis-François Maurice, notaire à Chantilly.

—Tu es fou?