Édouard prit une plume, une feuille de papier, et, en quelques minutes, il eut dressé un testament écrit de sa main, signé par lui, qu'il cacheta et remit à Maurice.
—Mais pourquoi cette précipitation, Édouard? vas-tu donc mourir dans la soirée? Tu ferais venir de sinistres pensées.
Maurice s'empara de la main d'Édouard.
—Quel projet roules-tu donc dans ta tête?
—Je te l'ai dit, Maurice; je pars pour Paris.
—Quelle obstination à nous quitter! pensa Maurice. Voilà qui est singulier: au moment où je vais chez lui, il se rend chez moi; et c'est lorsque je me prépare à lui dire la nécessité où nous sommes de nous séparer qu'il me signifie son départ. N'y a-t-il que du hasard là-dedans?
—Ainsi tu comprends, poursuivit Édouard, l'urgence de mes précautions. Oui, je vais à Paris, je vais une dernière fois me mêler à la politique active. Des espérances nouvelles m'ont fait rougir de mon inutilité au parti qui a mes affections; il a une dernière chance à courir, je prétends la partager. Pardonne-moi si je ne t'en confie pas davantage. Ta conviction répugnerait à croire à ces espérances; la mienne souffrirait à les entendre nier. Ma vie n'est déjà plus une question: je joue rien contre tout. Mort, mes mesures sont justifiées par l'événement, n'est-ce pas? Vivant et vainqueur,—pardonne-moi, Maurice, cette supposition,—je déchire ce testament, et reprends ma fortune; y consens-tu?
Maurice n'était plus du tout à ce que disait Édouard; il tenait machinalement le papier qu'il lui avait remis, et il rapprochait la prière de sa femme, de faire partir Édouard pour Paris, et la présence de celui-ci demandant avec instance à quitter Chantilly. Non, réfléchissait-il, il est impossible qu'ils ne soient pas d'accord pour s'être ainsi rencontrés. Que s'est-il donc passé entre elle et lui? Elle a été pourtant bien ferme; et Édouard est si noble... Joueraient-ils un rôle longtemps médité? Vingt fois, depuis qu'il est avec nous, les circonstances ont été aussi impérieuses sans qu'il ait demandé à partir. Je ne crois donc pas au prétexte politique d'Édouard; il est vague. Comment savoir la vérité?... Mais Léonide n'a-t-elle pas insisté?—se demanda Maurice illuminé tout à coup,—pour qu'Édouard partît avant la nuit? N'a-t-elle pas là-dessus exigé ma parole, mon serment?... N'a-t-elle pas couru commander des chevaux pour trois heures? Si cette précision cachait ce que je cherche à savoir!
—Eh bien, Édouard, mon ami, va où le ciel t'appelle; tu partiras pour Paris, où je t'accompagnerai, cet après-midi, à trois heures.
—Non, pas aujourd'hui, Maurice; mais demain...