—Je découvre tout; j'ai touché le fait personnel à Léonide et à Édouard. Ce départ est concerté; mais il y a désaccord entre eux sur le jour et sur l'heure. N'importe: il y a une détermination convenue, arrêtée à deux: qu'est-ce qui l'a précédée? qu'est-ce qui la nécessite?
—Pourquoi donc pas à trois heures, Édouard? nous ferions route pendant la nuit, ce qui nous convient parfaitement. Allons! cela nous arrange mieux; tu n'y avais pas songé. Je vais sonner pour qu'à trois heures les chevaux soient prêts.
Maurice alla vers la sonnette.
Édouard l'arrêta.
—Je t'en prie, consens à ce délai: pas aujourd'hui, demain. Au fond, que t'importe?
—Il me supplie de lui accorder ce délai: tout est là. Mais qu'est-ce qui est là? J'ai évoqué ce doute: il est venu. Quelle lumière en tirerai-je maintenant? il m'effraye.
—Non, Édouard, il faut que tu quittes Chantilly à trois heures. Je veille sur toi: je ne réponds de toi qu'à ce prix.
—Mais enfin, pourquoi exiges-tu que je parte aujourd'hui? me l'apprendras-tu, Maurice?
—Et enfin pourquoi ne partirais-tu pas aujourd'hui? me l'apprendras-tu, Édouard?
Ils marchèrent l'un sur l'autre, s'arrêtèrent à un pas de distance, et se regardèrent sans parler, maîtres tous deux de leur espèce de sang-froid. Ce n'étaient pas deux hommes cherchant à s'emparer de leur secret, mais plutôt se demandant: «Avons-nous un secret?» Quoi qu'il dût s'en suivre de ce choc, il n'en était pas moins résulté une première atteinte de défiance entre les deux amis: leur amitié avait sa souillure.