—Beaucoup. Renonce à ce projet, tu n'as rien à espérer.

Et ma femme! ma femme, pensa-t-il, qui conduisait cette intrigue! marier sa rivale à Victor, pour se débarrasser de sa rivale! Marier Caroline à Victor, pour acheter la complicité de son silence! Le frère saurait-il tout?

Maurice regarda son beau-frère, qui, s'apercevant du trouble que causait sa demande, tenta de frapper à côté de la question pour l'éclaircir sans l'irriter.

—Après tout, Maurice, je me suis trop flatté peut-être. Il n'est pas impossible que la fortune de mademoiselle de Meilhan soit au-dessous des exagérations accoutumées de l'opinion; peut-être aussi ne m'a-t-elle pas attendu pour disposer de sa main; peut-être...

—Aucune de tes conjectures, Victor, n'est, je présume, réellement fondée; il est mal de les multiplier sans nécessité.

—Soit, Maurice, permets-moi seulement de m'ouvrir en ton nom à M. Clavier; quel danger y vois-tu?

—Un très-grand danger. Il attribuerait à mes conseils, à mes indiscrétions sur sa fortune, ta démarche auprès de lui, pour solliciter la main de mademoiselle de Meilhan.

—Il m'avoue donc malgré lui qu'elle est riche, pensa Victor; le reste arrivera.

—Mais cependant, Maurice, s'il faut qu'elle se marie, il est de rigueur que celui qui la désirera pour femme s'adresse à M. Clavier.

—J'en conviens, mais je n'y serai pour rien.