Bienfait des contrées sans ombre, le latanier élargissait son éventail aux mille lames, tandis que, plus loin, les arbustes du Gange effilaient et abaissaient en forme de rames leurs feuilles dentelées et arrondies pour voguer sur le fleuve sacré. Qu'un beau scarabée rose tombe dans la feuille du zamia, et l'équipage végétal sera complet.

L'imagination est heureuse de trouver des ressemblances entre des objets où Dieu n'a mis peut-être que l'intarissable variété de ses créations. Chaque bel arbre aux formes souples et tendres rappelle à notre faiblesse aimante, par des analogies mystérieuses dont les anges seuls ont la clé, une chose chérie, une chose absente, évanouie. Qui sait si le sang et la séve n'eurent pas autrefois une même source?

Caroline eut des tendresses, des regards, des soupirs, pour ces fleurs qui la regardaient lire la nuit, et qui l'appelaient de leurs parfums quand elle les oubliait pour lire.

Elle va de l'une à l'autre pour les respirer doucement; elle va, de ces petites étoiles, découpées à l'image de celles du ciel, qui sont peut-être aussi des mondes de parfums, à ces amas de pierreries égouttées sur des branches; à ces myriades de topazes, de perles végétales que la Vierge fit pour son diadème, laissant les autres perles aux reines de la terre.

Entre les plus hauts arbustes et les lianes rampantes, d'autres fleurs épanouissent leurs corolles peintes par les anges dans les loisirs de la création; leurs doigts les ont veloutées, plissées à mille plis, évasées en calice pour recevoir la rosée, et puis les divins espiègles ont soufflé dedans pour les arrondir; leur haleine y est restée.

Caroline salua toutes les fleurs en passant, gracieuses amies qui lui rendirent son salut matinal. Elle en porta quelques-unes à ses lèvres, les retenant longtemps comme pour un adieu éternel.

On eût pu la voir ensuite aller de place en place s'asseoir un instant sous chaque ombrage, et essayer de toutes les suaves exhalaisons de la serre afin de dilater sa poitrine où se posait sa main. Sa tête, rêveuse et triste, balancée sur ses charmantes épaules, penchait ainsi qu'une fleur à qui l'eau a manqué tout un jour d'été. Enfin elle se reposa sous un bel oranger de Naples, regardant fixement devant elle, suivant le fil d'une pensée qui parlait du fond de ses yeux et allait jusqu'au ciel. Sur ce chemin idéal, son âme montait et descendait; mais, à chaque voyage, elle abrégeait le retour. Le ciel l'attirait davantage.

Après avoir inutilement cherché une attitude de repos, ses bras, sans force, fléchirent et pendirent le long de sa robe blanche, nouée par une ceinture noire, signe de deuil qu'elle n'avait pas cru devoir refuser à la mémoire de M. Clavier. Ainsi brisée, elle parut plus immobile que les plantes à travers lesquelles elle se dessinait.

Caroline demeura une heure entière dans ce repos; sa figure d'albâtre s'anima ensuite doucement; elle sourit comme étonnée de l'heureuse idée qui lui naissait spontanément. Était-ce un espoir? était-ce une voix qu'elle avait entendue? Caroline se leva et se dirigea vers les panneaux vitrés de la serre, qu'elle abaissa l'un après l'autre, sans en oublier un seul.

Caroline se trouva enfermée avec les fleurs.