Le soir au château Santeuil fut fort soucieux. Pour la première fois de sa vie, on n’eut de lui au dessert ni distique ni épigramme. C’était presque manquer de dessert. Mademoiselle de Clermont fut tentée de lui jeter une carafe au lieu d’un verre d’eau à la tête, tant il fut maussade.
Sa nuit fut très-agitée; on vit de la lumière dans son appartement jusqu’au jour, circonstance remarquable dans les habitudes du poète, dont le sommeil précoce sonnait ordinairement le couvre-feu à neuf heures, que ce fût Bossuet ou Molière, Boileau ou Racine qui tînt le dé de la conversation.
S’il y eut combat livré entre le caractère de Santeuil et la bonne fortune qui lui arrivait, il dut se terminer au grand avantage de l’amour-propre, car les garde-plaines le virent traversant la pelouse, à une heure où on n’y trouve encore que des lapins et de la rosée, en costume recherché, gants frais, linge éclatant.
Rose l’avait devancé au rendez-vous. Quelle joie pour l’amant et pour le poète! Il lui vint dans l’imagination mille comparaisons ravissantes; mais il aurait fallu les exprimer en latin, et de ce temps-là les blanchisseuses de Chantilly n’étaient pas très-fortes sur le latin. Il déshonora ce qu’il éprouvait en le traduisant en prose et en français.
—Ce que vous me dites, monsieur, doit être fort beau; mais je crois que vous vous êtes trompé sur l’objet qui me fait vous attirer ici, répliqua Rose. Je suis trop honnête fille pour vous laisser plus long-temps dans l’erreur.
—Que me voulez-vous donc? reprit le poète déjà singulièrement désappointé par cette réception.
—Je voudrais...
—Parlez!...
—Sortir du mauvais pas où je me trouve engagée bien innocemment, je vous jure.
—Auriez-vous un amant?