—Les voilà. Il y a vingt-six ans que j’attends le moment de vous les restituer.
—Que puis-je faire pour reconnaître tant de probité?
—Rien monseigneur. Cette propriété était intrinsèquement de peu de valeur; mes huit enfans et moi l’avons si bien cultivée qu’elle rapporte aujourd’hui 30,000 francs; ce qui représente un capital de 500,000, somme que j’enverrai toucher à votre trésorier. Monseigneur ne prend pas les titres?
—Gardez-les, gardez-les, reprit vivement le prince.
Enfin, découragé dans ses tentatives, le prince de Condé comprit, en dépit de ses plus chères illusions, qu’il ne lui restait plus de tant de puissance et d’autorité du passé que le rang de propriétaire éligible à Chantilly. Ses immenses bois, domaines et forêts étaient tellement réduits, que plus tard, et à l’abri du despotisme de Louis XVIII, il exerça pour les ravoir des vexations sans nombre sur les légitimes acquéreurs. Enfin son mobilier seigneurial était si pauvre à son retour qu’on fut obligé d’emprunter au voisin un bonnet de coton pour le coucher de monseigneur, qui avait cru probablement retrouver encore son bonnet, après vingt-six ans d’émigration.
Et le cadet reprit:
—C’est dans cette église dont la cloche me rappelle à ma demeure que reposent les cœurs de sept Condés, et sous ce pilier qu’un enfant peut cacher avec sa tête... ils sont sept là dedans qui ont rempli le monde de leur nom illustre.
En 1793, les patriotes de Chantilly, voulant imiter ceux qui avaient dévalisé les caveaux de Saint Denis, s’emparèrent des sept cœurs et de leurs boîtes d’argent, gardèrent patriotiquement les sept boîtes, et jetèrent, comme de la viande à vautours, ces nobles cœurs par-dessus le mur d’un jardin contigu à l’église, où ils avaient été déposés il y avait à peine deux ans.
On assure qu’un sieur Petit, les ayant retrouvés, les garda soigneusement jusqu’en 1815, époque à laquelle, enfermés de nouveau dans une autre enveloppe d’argent, ils ont été scellés à la même place.