S’il voyait de jeunes filles vêtues en nymphes chanter et danser autour de lui, il était forcé de se rappeler qu’il avait employé la même galanterie envers François Ier pendant les premiers jours de sa captivité. Ces jeunes filles lui parurent belles, mais perfides. Son imagination, ébranlée par les assauts continuels de la même préoccupation, lui montra dans chaque habitant l’acteur convenu de la comédie dont il était le jouet. Pourquoi n’avait-il pas préféré le trajet par mer? Quelles tempêtes égalaient en péril ces six ou huit cent mille rescifs bouillonnans?

A chaque coup de mousquet qu’on tirait à ses oreilles, en signe de réjouissance, il tressaillait, et regardait, pour se rasseoir un peu, François Ier, qui souriait. Évidemment il y avait de la raillerie dans ce sourire.

A la place Baudoyer, un échafaudage sur lequel on jouait un mystère s’étant écroulé, et cet accident ayant produit quelque agitation, il eut la fatale pensée que c’était un coup monté pour l’enlever à la faveur du tumulte.

A l’Hôtel-de-Ville, le corps des marchands lui ayant offert un bouillon, il le but avec appréhension. Il avait été soupçonné, en 1536, d’avoir fait empoisonner, par Montécuculli, le dauphin, fils aîné du roi. Ce bouillon lui parut avoir un goût étrange.

Enfin, arrivé au Louvre, comblé d’acclamations, rassasié d’effroi, il se trouva face à face avec tous les capitaines blessés, mutilés, faits prisonniers à la bataille de Pavie, avec le grand connétable Anne de Montmorency, contre l’avis duquel cette bataille avait été livrée, et dont la rançon fut estimée cent cinquante mille écus. François Ier les lui désigna tous par leur nom. Dans ce moment sa mémoire effrayée lui rappela qu’il avait osé dire à Rome, en présence du pape, du sacré collége, des ambassadeurs de France et de ceux de presque toute la république chrétienne, que si ses soldats et ses capitaines avaient le malheur de ressembler aux capitaines et aux soldats français, il irait, les mains liées et la corde au cou, implorer la clémence de son ennemi.

Quelque haute idée qu’il eût de la loyauté de ces capitaines, Charles-Quint ne découvrit sur leurs figures martiales qu’un respect glacé.

Il passa la plus horrible nuit de sa vie au milieu des clartés, des illuminations et des feux de joie dont il était l’objet.

Et comme le matin, selon son habitude, il se promenait à cheval, feignant un calme qu’il n’avait pas, il sentit quelqu’un qui, ayant sauté derrière lui en croupe, le saisit, l’atteignit par-dessous les bras, et lui cria:—Ah! je vous tiens!—vous êtes mon prisonnier!

C’en était fait de Charles-Quint.

En se retournant il vit un bel enfant qui riait et s’appelait d’Orléans.