Il voulut rire: mais il se souvint qu’il avait retenu ce bel enfant en otage jusqu’à l’entier acquittement des promesses jurées par son père pour sortir de la prison de Madrid.

Brûlé par ces craintes toujours renaissantes, il obtint de François Ier, sous le prétexte d’aller le plus promptement possible apaiser les Gantois, qu’il partirait dans trois jours pour Gand. Il désira, en outre, passer ces trois jours à la campagne. L’air de Paris ne lui était pas bon.

François Ier s’empressa de mettre à sa disposition le château de Chantilly, qui appartenait alors au connétable de Montmorency.

Au connétable! recevoir l’hospitalité du maréchal de Montmorency, qui, quatre ans auparavant, l’avait chassé de la Provence, comme à coups de fourche, pendant que lui, le grand empereur, s’informait avec fatuité combien il y avait de journées pour se rendre à Paris; étouffer cette honte pour se loger chez celui qui lui avait tué ses meilleurs généraux: Antoine de Lève, Baptiste Gastaldo, le comte de Hornes, Garcilaso de la Véga! Pourtant il n’osa refuser. Il partit pour le château de Chantilly.

Chantilly n’est qu’à sept lieues d’Écouen.

La salle qui porte le nom de madame Claude est changée en chambre de conseil. Des généraux, des membres du parlement, les princes du sang, le connétable de Montmorency et le roi lui-même, François Ier, sont assis autour d’une table. A la clarté d’une lampe qui verse sa lueur du plafond, ils délibèrent au milieu du silence qui règne dans le château.

Il s’agit de décider si l’on retiendra Charles-Quint prisonnier en France jusqu’à ce qu’on ait obtenu de lui la restitution de la rançon qu’il fit payer au roi, l’investiture du Milanais pour le duc d’Orléans, ou bien si on le laissera sottement partir, au risque de recommencer avec lui une guerre ruineuse.

La délibération ouverte, François Ier débuta par les protestations chevaleresques passées en habitude chez lui; et il finit par dire qu’il ne prétendait pas se priver du droit de se plaindre toute sa vie du manque de foi de Charles-Quint en trahissant la sienne propre.

—De chevalier à chevalier ces maximes sont bonnes, s’écria la duchesse d’Étampes, que, par une faiblesse blâmée chez François Ier, ce prince admettait à ses conseils;—mais de chevalier à geôlier elles sont une duperie. Il vous a tenu dans une cage où vous avez été la risée du monde. Votre corps s’est voûté, votre tête a blanchi dans la captivité. Puis, pour garantie de la rançon promise, il a demandé vos fils en otage; pour rendre vos fils, il a exigé trois bateaux chargés d’or, et des provinces: puis il a voulu toutes vos provinces; et sans M. de Montmorency, nous serions tous Allemands à l’heure qu’il est. Quatre soldats à sa porte, une lettre à Henri VIII, un ambassadeur aux princes protestans, et ce nouveau Charlemagne ne sortira de la Picardie qu’à bonnes fins. Laissez ensuite crier à la violation de l’hospitalité. Vous demanderez à ceux qui vous accuseront de l’avoir violée si vous ne valiez pas bien la peine d’attirer leur pitié qui se tut parce que vous étiez le vaincu. Vous êtes vainqueur, faites: on se taira.

Profitant de l’hésitation qu’avait fait naître dans l’esprit de François Ier l’opinion de la duchesse d’Étampes, le cardinal de Tournon se hâta d’y conformer la sienne. Il prouva que le roi n’avait pas eu raison de prendre des engagemens de générosité qui excédaient sa puissance; d’ailleurs, qu’une fois hors de la France, Charles-Quint se moquerait de la crédulité ajoutée à ses promesses de remboursement et d’investiture; que le peuple de Paris ne se montrait déjà que trop mécontent de ce que le roi avait eu l’inexplicable faiblesse de refuser sa protection aux Gantois.