Et quand le château est bâti, meublé, agrandi, planté, arrosé, que des millions ont été dépensés pour lancer des eaux sur du gazon, pour avoir du gazon autour d’une serre chaude qui renferme les végétaux les plus rares; quand le roi Louis XV pourrait entrer par cette porte ouverte dans l’axe du château, au bout d’une allée merveilleuse de perspective,—le roi et toute sa cour; alors le marquis de Brunoy réunit tous ses compagnons d’ouvrage, et leur dit:

—Si vous avez bâti le château, vous l’habiterez. Il est à vous.

Les paysans et les maçons de Brunoy pensaient que M. le marquis était devenu fou.

—Oui, il est temps de former ma maison.—Toi, La Tuile, tu seras mon valet de chambre,—six mille livres d’appointement; toi, Le Loup, mon gâcheur, tu seras mon secrétaire,—dix mille livres; toi, Renaudin, qui fais si bien la soupe aux choux, sois mon intendant; toi, le vitrier là-bas, tu rempliras les fonctions de mon officier des chasses; vous autres, qui n’êtes que bûcherons de votre état, vous passez de droit, domestiques de pied et laquais de ma maison. Demain vous irez à Paris commander des habits appropriés aux nouvelles charges que je vous destine à occuper auprès de moi.

A votre retour, nous rendrons à mon respectable père les honneurs funèbres qui lui sont dus.

Allons boire!

III

Quelques mois après l’inexplicable isolement du marquis à Brunoy, son père, M. Paris de Montmartel, était mort des chagrins qu’il lui avait causés. Cet événement surprit le marquis, tandis qu’il achevait de meubler le château dont il ne croyait pas être si tôt le maître absolu. On a vu qu’il avait voulu l’inaugurer par un jour de tristesse filiale, et, à l’exemple des nobles familles, faire prendre le deuil à la vaste domesticité de sa maison.

Le deuil ne manqua pas d’une certaine singularité.

Tous les domestiques furent vêtus de serge noire, de la tête aux pieds.