Le château de Petit-Bourg emprunte une majesté très-grande de sa situation. Son piédestal fait sa royauté, car il est petit en réalité, excessivement petit. A le voir du plan abaissé de la Seine, à l’extrémité radieuse de sa pièce de gazon, à la crête du parc, il paraît aussi étendu que le château de Vaux. Vaux cependant l’enfermerait tout entier dans l’un de ses pavillons. Il en est de même du parc, riche d’une apparence trompeuse, tout en développement et en surface. C’est un décor comme le château. Nous n’en dirons pas autant de la superbe allée de marroniers qui s'étend de la route de Fontainebleau à la grille: elle est magnifique, royale. La préface écrase le livre.
Nous aurions désiré une teinte plus sérieuse, plus historique, à la façade du château; elle est trop jolie pour son âge. Le rose plaît aux yeux et à l’imagination; mais quand on a deux cents ans, le rose est du fard, et le vert de la coquetterie. Nous ne tairons pas que Petit-Bourg offre quarante croisées vertes sur un badigeon rose. Pourquoi la figure d’un château, comme celle d’un écusson de famille, n’arriverait-elle pas avec intégrité jusqu’au dernier jour de sa durée?
Une belle cour pavée en petits cailloux sombres s’encadre devant le perron au bout de la longue allée de marroniers dont nous avons déjà parlé. Nous n’avons pas eu le loisir de constater le mérite des bustes en marbre placés de distance en distance sur le parapet de cette cour d’honneur. Le corridor, qui prend d’ordinaire le nom de salle des gardes dans la distribution des châteaux, nous a paru sans valeur à Petit-Bourg. Il conduit à la salle à manger, dallée, comme la précédente, en carreaux de marbre noir et blanc. C’est la plus belle pièce, à notre avis; elle est carrée, spacieuse et d’une suffisante élévation. Nous insisterions patiemment et avec notre exactitude habituelle sur le luxe de ce salon, si les meubles, ainsi que dans beaucoup de demeures seigneuriales, se recommandaient au regard par des souvenirs historiques. Que n’y avons-nous trouvé un vieux fauteuil à bras de madame de Montespan, ou une table de jeu usée par les coudes de son fils! nous ne l’aurions pas passée sous silence. A force de précision dans le style, nous aurions peut-être classé ces deux objets dans la mémoire du lecteur. Doit-on, quand la description est privée de ces ressources, porter une attention équivalente sur des meubles modernes, pour riches qu’ils soient, et les élever, malgré la mobilité de mille déplacemens possibles, à la hauteur d’une mention particulière? Dans les jours d’instabilité où nous vivons, le magnifique maître du Petit-Bourg actuel transportera, si le caprice l’entraîne, ses goûts de châtelain dans le Berry ou ailleurs, et les précieux tableaux attachés aux murs de son château seront remplacés, sous un nouveau propriétaire, par des fusils de chasse ou des instrumens de pêche; révolutions peu à craindre autrefois, quand le seigneur et la seigneurie ne se séparaient jamais.
Toutefois le rare mérite des tableaux qui sont à Petit-Bourg commande une indication à la plume du narrateur; des chefs-d'œuvre méritent une exception, n’en déplaise à ces temps-ci.
Une partie de la seigneurie d'Évry et Petit-Bourg appartenaient, au quinzième siècle, à Pierre Longueil, conseiller au parlement de Paris. La terre de Grand-Bourg dépendait aussi de ses domaines. André Courtin, chanoine de Paris, devint ensuite acquéreur de la seigneurie entière, où il fit bâtir une belle maison de plaisance et, en outre, une chapelle dédiée à saint André, à condition que le chapelain tiendrait les écoles et serait à la nomination du seigneur. Après la mort de l’abbé Courtin, l’archevêque de Paris devint propriétaire de Petit-Bourg, qu’il échangea, le 29 août 1639, avec M. Galland, greffier du conseil, contre une maison située rue Bourg-l’Abbé, à Paris.
Quelle que soit la sécheresse de ces documens, d’ailleurs restreints par nous à leur plus simple utilité, il est impossible de les négliger, sous le prétexte qu’ils n’ont pas l’intérêt de la curiosité. Nous n’avons pas pris l’engagement de couronner de roses la chronologie, et, comme Benserade, de mettre l’histoire des châteaux de France en madrigaux.
Homme riche, homme de goût, M. Galland agrandit les jardins, les orna de statues; il ne cessa qu'à sa mort d’embellir la propriété, qui passa alors (1646) à l’abbé de Saint-Benoît, Louis Barbier, plus connu sous le nom de l’abbé de la Rivière, et par son titre de favori du duc d’Orléans, frère de Louis XIII.
Cette généalogie des seigneurs de Petit-Bourg, faite aussi sommairement que possible, va nous conduire, d’un pas mieux assuré, à l’historique de chacun des divers possesseurs; elle nous permet même, une fois tracée, de reléguer dans le silence ceux d’entre eux dont la trop faible importance ne mérite aucune mention. L’histoire doit être polie quand il ne lui est pas permis d'être généreuse.
De l’abbé de la Rivière, mort évêque de Langres, Petit-Bourg passa, en 1695, à Athénaïs de Rochechouart, mariée au marquis de Montespan, plus tard maîtresse de Louis XIV.
Il nous est permis de suspendre ici l’indispensable énumération des possesseurs de Petit-Bourg, pour nous avancer sur le terrain, moins aride, des faits dont ce château évoque les souvenirs.