«ÉMILE DE GIRARDIN[ [221].»
Rancune était de trop. Aussi Balzac s'empressa-t-il de relever ce mot malencontreux. Voici sa réponse:
«Passy, 16 mars 1846.
«Mon cher Emile,
«Si quelqu'un devait avoir de la rancune, ce serait moi.
«Dujarrier a interrompu la publication de l'introduction des Paysans dans l'intérêt purement pécuniaire de la Reine Margot, qui devait être publiée à jour fixe en librairie. Ce temps d'arrêt a été fatal à mes travaux, et mes voyages ont été nécessaires pour rétablir ma santé.
«Depuis mon retour, la Presse, annonce les Paysans après cinq ouvrages, en dernier. Et vous avez fait tomber sur les Paysans une note qui me donne tort vis-à-vis du public.
«Aujourd'hui je me vois si fatigué de mes travaux, qui ont terminé la première édition de la Comédie Humaine, que je prends un mois de vacances pour me rafraîchir la cervelle, car j'ai la conviction que je ferais peu de chose en voulant forcer la nature.
«En somme, les Paysans seront finis cette année. Ils peuvent paraître quand la session sera terminée, et, à mon retour, si cela ne vous convient pas, vous me le direz. Jamais les Deux Frères[ [222] n'ont souffert de l'interruption plus considérable qui a séparé la première partie du reste. Vos abonnés sont venus après la Reine Margot et la situation pour eux eût été la même, dans ce temps comme à présent.
«Présentez à Mme de Girardin mes hommages affectueux et mes adieux, car je pars aujourd'hui même pour Rome, et je reviendrai, bien chagrin, pour terminer la seule obligation que j'aie: celle d'achever les Paysans.