«Mille amitiés.
«DE BALZAC[ [223].»
Balzac en prenait tout de même un peu trop à son aise. Mais Delphine, qui le savait mal pris de toutes les façons, en proie qu'il était à ses créanciers d'un côté, et de l'autre aux exigences de Mme Hanska, laquelle, étant venue le voir à Paris, ne le quittait pas d'une minute, Delphine avait obtenu de son mari qu'il le laisserait tranquille quelque temps encore. Et pour faire attendre les Paysans, Balzac avait remis au journal la Dernière incarnation de Vautrin.
Mais tout a une fin, la patience comme le reste. Au mois de juillet 1847, Emile de Girardin, las des temporisations de Balzac, lui écrivit qu'il ne publierait certainement pas les Paysans, s'il n'avait pas un compte à éteindre, la Dernière Incarnation de Vautrin n'ayant pas répondu à son attente.
«Si donc, lui disait-il, vous pouvez sans vous gêner rembourser à la Presse ce qu'elle vous a avancé, je renoncerai volontiers aux Paysans.»
Mis ainsi au pied du mur, Balzac bondit sous l'injure, faite à son amour-propre d'auteur, et, quels que fussent alors ses embarras d'argent, il répondit à Emile de Girardin qu'il était prêt à le rembourser:
«Il n'y a point la moindre équivoque, lui mandait-il, le 14 juillet 1847.
«Vous m'avez écrit que vous ne vouliez point des Paysans, que vous ne les donniez que parce que j'étais débiteur de la Presse, et qu'il y avait pour ainsi dire force majeure.
«Je vous ai répondu que je ne pouvais pas accepter une pareille proposition. Je la regarde comme une injure, et je n'en souffre de personne. Comme celle-ci ne concerne que mon talent d'écrivain, je n'ai qu'une manière de vous la laisser, c'est de verser la somme dont je serai reliquataire, une fois mon compte établi. C'est ce qui sera fait dans un espace de temps qui ne dépassera pas vingt jours.
«Demain, 15 juillet, j'irai demander mon compte à M. Rouy, l'examiner avec lui, et je ferai mes versements en écus dans l'espace de temps que j'indique.