«Madame,
«Je suis souffrante et fatiguée; cependant il faut que je joue Phèdre demain; il faudra peut-être encore que je joue vendredi: la Comédie crie misère et me persuade que son salut est en moi. Je suis fière d'être sa planche de salut; mais, pour le moment, j'en suis bien contrariée, car je dois tout me refuser pour ne pas manquer à mon devoir.
«Soyez, assurée, Madame, que sans cette circonstance rien ne me serait plus agréable que d'accepter votre aimable invitation. Je regrette d'autant plus de ne pouvoir m'y rendre que j'avais la perspective non seulement d'une très aimable société, mais encore de très beaux vers, et je vous avoue un faible égal pour tous les deux.
«Je m'occupe tous les jours de Judith; j'ai le désir d'en répéter quelques fragments, un jeudi, chez moi, en petit comité. Veuillez me dire si vous m'y autorisez. Si vous y trouviez le moindre inconvénient, ne me le cachez pas, je vous en prie[ [234].»
Judith fut jouée pour la première fois le 24 avril 1843 et n'eut que peu de représentations. Pourtant Mme de Girardin y avait déployé des qualités de premier ordre et la pièce contenait de grandes beautés. Longtemps après, Paul de Saint-Victor aimait à citer le discours de Judith apprenant l'amour de la patrie à son peuple:
Oh! je vous apprendrai l'amour de la patrie!
Le plus saint des amours!... La patrie est le lieu
Où l'on aime sa mère, où l'on connaît son Dieu;
Où naissent les enfants dans la chaste demeure;
Où sont tous les tombeaux des êtres que l'on pleure.