«A vos pieds.

«AL. DUMAS[ [283]

II

Mais j'y songe: la raison pour laquelle Sandeau fréquentait si peu chez Mme de Girardin pourrait bien avoir été tout simplement la peur d'y rencontrer son ancienne moitié littéraire, car George Sand, dans les années qui suivirent la proclamation de l'Empire, voyait assez souvent Delphine, et sans fuir positivement l'auteur de Lélia, Jules Sandeau évitait de se trouver sur son passage.

Cependant Delphine n'avait pas toujours ménagé l'amour-propre de George Sand. En 1837, par exemple, quand George eut fait alliance avec Lamennais, Delphine lui dit, sans en avoir l'air, des choses assez désagréables.

«... Vous le voyez, écrivait-elle dans son feuilleton de la Presse, chacun de ses livres admirables porte l'empreinte de l'affection qui l'inspira; et la pensée de George Sand, qui se montre tour à tour froide et désenchantée avec les héros des salons, gracieuse, fraîche, riante avec le chanteur des ruisseaux et des bruyères, poétique avec le poète, républicaine avec l'avocat, apparaît aujourd'hui morale et religieuse avec le prêtre politique. Ce qui faisait dire l'autre jour à un mauvais plaisant: «C'est surtout à propos des ouvrages des femmes que l'on peut écrire avec M. de Buffon: «Le style, c'est l'homme.»

Elle l'avait égratignée ainsi à plusieurs reprises, mais George Sand, qui n'avait pas l'épiderme sensible, ne lui en avait gardé aucune dent. Elle saisit même avec empressement la première occasion qui s'offrit à elle de faire sa connaissance, et, comme elles avaient toutes deux un grand fonds de bonté, du jour où elles se virent tête à tête elles devinrent amies.

La lettre suivante n'est pas datée, mais elle doit être de 1852 ou de 1853, en tout cas du commencement de leurs relations. George Sand écrivait à Emile de Girardin:

«Permettez-moi de vous demander asile pour un article sur les poésies d'un mien ami, qui a du talent et peu d'aide. Accordez-moi un coin dans la Presse pour que je dise de lui ce que je pense.