«Impossible, car il eût fallu préparer dans l'intervalle des séances les très belles réponses en vers ou en prose que la table improvisait. Et l'on se serait vite aperçu de la supercherie. D'autre part, Charles était l'indolence même. Combien de fois il se plaint de lassitude au milieu des séances. Minuit a sonné, il a fait des armes toute la journée, il demande grâce. Mais dans la table l'esprit s'acharne, les assistants supplient; Charles se résigne.
«Une anecdote entre mille démontrera que Charles était bien l'inconscient médium de ces messages, et non pas leur auteur conscient:
«Un jeune Anglais qui fréquentait la maison appela, un soir, lord Byron. Celui-ci se refusa à parler français. Charles, ne sachant pas un mot d'anglais, fit l'observation qu'il lui serait difficile de suivre les lettres. Alors Walter Scott se présenta et, comme pour jouer un tour au médium, répondit ce qui suit:
Vex nat the bard, his lyre is broken
His last song sung, his last word spoken.
—«Je n'y comprends rien, dit Charles après avoir épelé.
«Le jeune Anglais expliqua:
Ne tourmentez pas le barde, sa lyre est brisée,
Son dernier poème chanté, sa dernière parole dite.
«La table avait parlé dans une langue inconnue du médium. La preuve était faite: la table avait parlé.»
[194] Après la Joie fait peur, donnée à la Comédie-Française, elle avait fait représenter au Gymnasse le Chapeau d'un horloger, qui n'est qu'un long éclat de rire.
[195] Cf. le livre de Victor Hugo intitulé Actes et Paroles pendant l'exil.