«Adieu donc et bonne fortune, pendant que nous allons lutter contre la mauvaise. Que les vents soient pour vous et Dieu pour nous.
LAMARTINE.»
Le lendemain, 5 novembre, on lisait dans le Constitutionnel:
«Il y a quelques jours, M. le maréchal Soult proposait à M. de Lamartine un portefeuille. Ce n'est pas la bonne volonté qui a manqué au député de Saône-et-Loire, et s'il n'est pas ministre, c'est la faute du président du Conseil, qui n'a pas su donner quelque attention aux paroles et aux écrits d'un homme qui a été sur le point de devenir un des dépositaires du pouvoir, un des conducteurs de la nation.»
Suivait la lettre de Lamartine à Granier de Cassagnac, accompagnée des réflexions désobligeantes que voici:
«Nous ne pensons pas qu'une lettre pareille fût destinée à la publicité, et M. de Lamartine aura été sans doute surpris, comme nous, en voyant mettre au jour ses rêveries inédites. Quoi qu'il en soit, M. de Lamartine désespère de l'avenir de son pays et, dans ses sombres prévisions, il ne voit, pour la France, que le déshonneur et l'anarchie. Heureusement, c'est un poète qui parle, c'est-à-dire un homme qui méprise souverainement les faits et qui s'abandonne à tous les délires de son imagination. Les frayeurs de M. de Lamartine ne sont pas fondées, est-il besoin de le dire? Nous vivons sous un régime de lutte et de labeur que M. de Lamartine ne comprend pas: voilà tout ce que sa lettre prouve. On ne fonde pas une ère nouvelle du gouvernement sans avoir à résister à bien des attaques...»
Lamartine ne pouvait laisser passer cet article sans y répondre. On ne fut donc pas surpris de lire cette lettre dans le Constitutionnel du 6 novembre:
«Monsieur le Rédacteur,
«Vous supposez avec raison que j'ai été fort étonné de voir imprimer un billet confidentiel de moi à M. de Cassagnac, qui me demandait mon avis sur des travaux économiques.
«J'ai dit cent fois, et je suis loin de m'en dédire, que le cabinet du 1er mars perdait la France. Mais je l'ai dit en termes convenables et avec la mesure et le respect que tout écrivain doit au public. Un homme n'est responsable que de ce qu'il publie. La vie privée est murée. Les correspondances intimes sont de la vie privée. Celui qui les imprime sans aveu est aussi indiscret que celui qui les décachette.