«Nous pourrions citer l'exemple des habitants de Vienne, assiégés en 1683 par 200.000 Turcs, se défendant 2 mois.

«Un peu plus loin, M. Thiers avance d'une manière tranchante cette assertion contradictoire: «Jamais un ennemi ne sera 60 jours devant Paris. Un approvisionnement de 60 jours va au-delà de toute vraisemblance.»

«A quoi nous répondrons:

«Si, en 1590, avec une armée de 20.000 hommes, Henri IV investit Paris et le tint assiégé jusqu'en 1594, comment peut-on croire que 3 ou 400.000 étrangers n'en feraient pas autant aujourd'hui?»

C'est que M. Thiers, qui n'avait pas prévu les chemins de fer, n'avait pas prévu davantage les canons à longue portée. D'ailleurs, c'était aussi bien contre les Parisiens que contre l'étranger que, dans sa pensée de derrière la tête, étaient élevées les fortifications de Paris. Lamartine ne s'y trompait pas et se montrait une fois de plus bon prophète, lorsqu'il écrivait à son ami de Virieu, le 6 février 1841, après le vote du projet du gouvernement:

«Trahis par le roi, livrés par le ministère, nous avons succombé, et la France aussi. C'est un crime du cabinet. Cette dynastie le paiera trop un jour. Ici l'opinion tourne déjà à nous. Paris prend peur; on voit la révolution maîtresse de ces murs et les honnêtes gens foudroyés par les canons qu'ils ont chargés. N'en parlons plus, habent sua fata[ [132]...»

Si Lamartine avait vécu jusqu'en 1871, il aurait vu M. Thiers retourner contre Paris les canons qui avaient été armés contre les Prussiens, et je l'entends lui crier: «Je vous l'avais prédit, c'était fatal!»

VI

Battu sur ce point comme sur tant d'autres, le député de Mâcon n'en continuait pas moins la lutte. Il savait qu'il y a des défaites qui valent des victoires et que chaque discours qu'il prononçait, en augmentant le prestige de son nom, ajoutait à son autorité. Mais il s'était promis de n'entrer au ministère que par une brèche. On n'avait de force, suivant lui, que dans les places conquises d'assaut. C'est pourquoi il refusa, au mois de novembre 1841, de se laisser porter à la présidence de la Chambre malgré les instances de Mme de Girardin.

—Acceptez, lui disait-elle, faites ce sacrifice aux muses que vous délaissez et qui vous le rendront. La présidence vous donnera des loisirs.