Jacques prononça ces dernières paroles d'un ton étranglé, convulsif, qui démentait leur signification brutale.
—Oui, oui, c'est entendu! vous voulez toujours faire le méchant; mais vous n'arriverez nullement à décourager ceux qui vous veulent du bien. Vous faites le méchant, dis-je, mais vous ne l'êtes pas, et tous les efforts auxquels vous vous livrez pour paraître tel, n'ont qu'un effet: ils font ressortir la bonté de votre coeur et la tendresse de votre âme, et aussi, je dois bien l'ajouter, votre inénarrable orgueil.
—Puis-je vous demander, madame, où vous désirez en venir! Votre présence ici est plus qu'inconvenante, elle pourrait donner lieu à des soupçons graves que je n'ai jamais justifiés.
—Vous tenez essentiellement à fournir une édition nouvelle des amours de Joseph et de Mme Putiphar?
—Je n'ai point l'esprit à la plaisanterie, madame. Il est peu délicat de vous jouer d'un malheureux. Que voulez-vous?
—Ce que je veux, Jacques!... Je veux le prendre dans mes bras, ce malheureux dont vous parlez, je veux effacer jusqu'à la dernière trace de ses peines et de ses chagrins, je veux lui faire oublier tous les jours sombres de sa jeunesse, et le rendre le plus fortuné, le plus glorieux des hommes.
—De grâce, madame, ne raillez pas. Ne vous donnez pas la volupté de vanter à un aveugle les charmes du jour, à un mourant les délices de la vie. Je n'ai présentement qu'un désir: arracher de mon âme jusqu'au souvenir de votre nom.
—Vous me dites des choses pareilles, Jacques, et vous m'accusez d'être cruelle. C'est vous qui l'êtes pour moi et pour vous-même.
—Non, madame, je suis juste.
—Dites: souverainement inique... ingrat à un degré révoltant. Tenez encore, un mot bien en situation! avec tout votre esprit, et tout votre talent, vous êtes ridicule... non... Jacques... pardonnez-moi cette parole, c'est mon exaspération qui l'a prononcée.