—Katia! cria Viéra en saisissant le bras de sa sœur.

—Oui, cela m’a échappé, dit Iékatérina en se mordant les lèvres! C’est une locution qu’on emploie si souvent...

—Sans se rendre compte de son sens tragique!...

—Mais aussi, toi, tu exagères tout. C’est un grand malheur, un très grand, qui a frappé notre Sacha; mais partir de là pour vouloir réformer les lois de la création!... Tiens, jeta Katia, cela est digne de Tolstoï!...

Viéra poussa un long soupir. Elle sentait une fois de plus que jamais sa sœur et elle ne se comprendraient. Entre leurs deux natures, bien qu’elles fussent du même sang, il y avait tout l’abîme mystérieux des idées, des penchants, du caractère...

—Mais promets-moi de réfléchir, au moins, insista-t-elle lorsque Katia dut la quitter pour donner des ordres à la nouvelle femme de chambre qui rangeait le linge de son trousseau. Promets-le moi.

—Mon Dieu! Si ça peut te faire plaisir... Pourtant j’aime autant te dire d’avance que mes réflexions ne me feront pas changer. On ne bouleverse pas ainsi sa vie du jour au lendemain pour Dieu sait quelles utopies!...

—Non, mais vraiment, fit la jeune fille en pouffant de rire, trouvant décidément par trop grotesque le prosélytisme de sa sœur, tu as de ces idées!... Allons, réfléchis, toi aussi, de ton côté, et nous finirons bien par nous entendre!...

—Rien à faire! songea Viéra avec douleur lorsque Iékatérina fut sortie du salon dans une glissade. Pourtant, mon rêve était si beau! Les dernières de notre race... Anéantie eût été à jamais la tare qui, comme un cancer, empoisonne notre sang! Ah!...

—Que signifie ce gros soupir, chère enfant, demanda, en français, une voix derrière Viéra?