—Madeleine!...
—Vous ne m’avez pas entendu entrer, vous étiez si absorbée dans vos pensées! Voyons, que se passe-t-il sous ce front-là, interrogea Madeleine Burdeau en écartant du bout des doigts une mèche cendrée qui s’était échappée des bandeaux de Viéra? Il faudrait pourtant se faire une raison...
—Eh bien! venez, fit Viéra en entraînant la Française hors du salon! Je vais vous dire à quoi je songeais... Vous êtes tellement mon amie depuis que je vous connais bien! C’est Vadim qui m’a ouvert les yeux sur vous, ajouta-t-elle sans remarquer la rougeur qui, à ces mots, couvrit le visage de Mlle Burdeau. Oui, vraiment; il m’a tellement fait votre éloge, les derniers temps de son séjour à Vodopad, que j’ai fini par voir en vous la perfection que vous êtes!... Oui, oui.
Viéra prit la jeune fille par le bras, et l’entraîna hors du jardin vers la route. Trop occupée de ses rêves à elle, elle ne soupçonnait pas l’émotion de cette dernière.
—Eh bien! voici...
En quelques mots Viéra mit Mlle Burdeau au courant de ses projets. Très attentive malgré son trouble la Française l’écoutait.
—Quelle est votre opinion, Madeleine? demanda Mlle Erschoff en concluant. M’approuvez-vous?
—Mon Dieu! chère amie... C’est une question si grave, si compliquée!... Et je suis prise au dépourvu...
—Mais ainsi, dès l’abord?...
—Certes l’idée en est noble, généreuse... trop même, peut-être, ajouta Madeleine Burdeau en souriant un peu... D’aucuns pourraient la faire rentrer dans la catégorie des utopies...