—Monsieur...

—Ah! et toi, mamacha, continua Katia en s’avançant vers sa mère qui apparaissait au bout de l’allée, donne-moi la bassine et dis bonjour à Vadia. Oh! que c’est lourd!

Tandis que la jeune fille se dirigeait vers l’office, portant à bras tendus le vase de cuivre rose autour duquel voltigeait, comme des pétales jaunes tournoyant à la brise, un fol essaim de guêpes aux ailes bruissantes, Tatiana Vassilievna faisait au neveu de son mari l’accueil joyeux et tendre qu’il avait coutume de recevoir chaque fois que ses loisirs le menaient à Vodopad.

—Quelle bonne surprise tu nous fais là, cher enfant, s’exclama la gracieuse vieille dame après avoir baisé trois fois le jeune homme sur la bouche, à la russe. Il y avait si longtemps que l’on ne t’avait vu! Ton examen, sans doute? Et passé?

—Cum eximia laude...

—Il ne fallait pas le demander. Mas tu as dû beaucoup apprendre, pauvre! Je te trouve l’air tout maigri, tout pâlot...

—Eh non! Tu sais comme j’aime à étudier, tante; seulement, j’ai eu, ces jours derniers, d’atroces névralgies, et c’est cela, sans doute, qui m’a... détérioré de la sorte. Je viens me refaire à Vodopad pendant deux ou trois semaines.

—Dis deux mois, car c’est juste le temps qui te sépare de la rentrée des cours, et je ne te lâche pas avant ça, tu peux en être sûr.

—Mais j’ai tant à travailler encore! Ma thèse à finir, mes leçons à préparer... Songe donc!

—Eh bien! tu seras ici tout aussi commodément qu’à Kieff pour apprendre et écrire. Notre maison est si tranquille!