—Et sa mère?

—Il ne l’a pas connue; elle est morte en lui donnant le jour.

—Oh! pauvre femme!... Qu’il me bouleverse toujours, ce cruel jeu de la nature faisant naître l’enfant du dernier soupir de la mère!

—C’était, dit maman, une petite personne très coquette et très belle que mon oncle adorait; et Vadim est né juste un an, jour pour jour, après leur mariage!

—Et son père s’en est-il occupé un peu, du pauvre bébé?

—Il a veillé sur lui absolument comme l’eût fait la mère. C’était un homme parfait. Vadim tient de lui son intelligence et la générosité de son cœur. Mais regarde, Madeleine, là, dans cette maison rouge, au premier étage, derrière cette fenêtre aux rideaux écartés, c’est lui; oui, c’est Vadim. Il ne nous voit pas, naturellement; il est toujours occupé d’autre chose que de ce qui se passe sous ses yeux... Hé! où vas-tu? cria Viéra au cocher qui dépassait la maison.

—Votre Excellence m’a dit: no 48.

—Mais non! 50. Recule ton traîneau.

Pour jouir de la mine qu’allait faire Marfa Timoféevna, il avait été décidé entre les deux jeunes filles que Viéra se tiendrait un peu à l’écart quand elle aurait sonné, et qu’elle ne se montrerait tout de suite que si Vadim lui-même venait ouvrir. Au cas contraire, Mlle Burdeau devait seule demander à voir le jeune homme.

L’effet de cette conspiration ne fut pas médiocre. En entendant l’accent étranger, en constatant la jeunesse et la beauté de la visiteuse qui désirait parler à son maître, Marfa Timoféevna fit une figure si renfrognée qu’on ne vit plus ni ses yeux ni sa bouche, mais seulement deux joues couvertes d’un épais duvet noir, des sourcils hérissés en broussailles et un grand, grand nez recourbé qui semblait flairer de ses narines poilues l’odeur de poudre de cet assaut matinal.