—Je ne sais pas si Vadim Piétrovitch est chez lui, dit-elle en bougonnant; je vais aller voir. Attendez un instant dehors.
—Et comment, Marfa Timoféevna, vous avez peur que nous ne volions les meubles, que vous voulez ainsi nous laisser sur le palier? demanda la voix amusée de Viéra qui se montra, aussitôt après, derrière Madeleine Burdeau.
—Seigneur! Viéra Piétrovna! exclama la fée bourrue. Et elle se signa vivement. Que votre seigneurie me pardonne, je n’avais pas vu... Je ne pouvais pas savoir... Daignez entrer. Vadim Piétrovitch est là qui vient de finir son déjeuner... Permettez, Vadim Piétrovitch, des visiteuses pour vous... et quelles visiteuses! ha! ha! C’est une Allemande, la noire? demanda-t-elle tout bas à Viéra pendant que le jeune homme disait bonjour à Mlle Burdeau.
—Non, une Française.
—Ça vaut mieux. Et, barichnia, peut-on vous servir à déjeuner?
—Je crois bien! Pour moi du thé, pour ma compagne du café, et quelque chose à grignoter.
—En voilà une bonne surprise! s’exclama Vadim quand Marfa Timoféevna eut cessé de s’entretenir avec Viéra. Aurais-je jamais pensé ce matin, en me levant, que j’allais avoir la joie d’une visite pareille?
—Mais je t’avais dit que nous viendrions à Kieff...
—Oui, mais il y a longtemps; et tu n’avais pas fixé de date, alors je ne m’attendais pas... Soyez la bienvenue dans mon antre, mademoiselle, fit le jeune homme en s’inclinant très bas devant Madeleine Burdeau.