—Qui sait si votre boutade n’a pas du vrai? répondit Mlle Burdeau. Les hommes sont si vains! Maria Pavlovna, continua-t-elle en regardant une nouvelle photographie. C’est le cinquième portrait d’elle qui me tombe sous la main...
Vadim rougit. Puis, sortant de sa droiture habituelle, il commit une petite lâcheté: il prit l’image entre ses doigts, la rejeta négligemment sur la table et dit:
—Elle a la manie de se faire photographier... O cœur humain!
Madeleine Burdeau fut plus noble, peut-être à cause de la joie que lui causa le geste de Vadim.
—Maria Pavlovna est charmante, répliqua-t-elle. Elle ne saurait trop multiplier ses portraits. Mais la voilà encore là... et ici... et là-bas, ne put-elle s’empêcher d’ajouter un peu malicieusement en montrant des cadres épars dans la chambre.
L’embarras de l’étudiant devint visible; en ce moment, sans aucun doute, il envoya à tous les diables l’innocente Maria Pavlovna et ses images qu’il n’avait obtenues pourtant qu’à force de supplications et de multiples artifices.
Redevenant magnanime, Madeleine Burdeau, sans paraître remarquer le trouble du jeune homme, continua plus loin son inspection.
—Nicolaï Sémionovitch Afanassieff, fit-elle en se penchant de nouveau sur l’album; une vraie tête de gentilhomme du steppe. Et cette jeune fille?
—Mlle Dounine.
—Elle est gentille. Tiens! une photographie de Tatiana Vassilievna que je n’ai pas vue à Vodopad. Oh! l’exquise nature! l’âme sereine qui se devine dans ses yeux si jeunes!