—C’est bon, fit-elle quand elle eut fini.
—Et tu viendras demain aussi? demande ardemment Evlampia.
—Demain et tous les jours, répondit Sacha à voix basse. Je t’apporterai en échange des concombres et du gruau.
—Oh! mais il ne faut pas, mon amour!
—Eh! laisse donc; est-ce qu’une barichnia peut venir manger ta soupe tous les jours sans te rétribuer pour cela?
—C’est juste, répondit la vieille femme humblement. Veux-tu voir les abeilles?
—Non, pas aujourd’hui. Aujourd’hui je suis mauvaise, vois-tu, et il ne faut pas que je touche aux bêtes du bon Dieu...
—Peut-on dire!...
Mais la jeune fille avait assez parlé. Tout ce qu’elle avait dit, même, n’était sorti de sa bouche qu’à sons rauques et brefs. La Petite-Russienne connaissait ces accès et ne s’en étonnait pas plus que sa sœur Mavra. La tendresse des deux femmes était, à vrai dire, autant faite de tous les caprices qu’Aleksandra leur imposait, que de l’admiration fervente éprouvée par ces créatures frustes devant la jolie gracilité de l’idole, et de la pitié qu’elles ressentaient, sans se l’expliquer, ni même se l’avouer, en présence de l’être énigmatique et étrange qu’était la petite barichnia.
Comme la jeune fille, déjà, se levait pour partir, Evlampia demanda: