Un léger souffle de printemps se glissait déjà dans l’air à travers les dernières aigreurs de la bise et le froid des giboulées... Comme d’habitude, les jeunes filles ne restaient à la maison que le temps nécessaire à la surveillance du ménage, aux repas, à des menus travaux de couture ou à leur correspondance respective. Le reste de la journée les voyait inséparablement unies, et quelle que fût la température, parcourir soit les allées du parc de la datcha, soit la forêt, soit la route. Cela mettait leurs gestes d’accord avec l’intense agitation de leur pensée, et permettait à leurs lèvres de ressasser sans cesse les suggestions de leurs cœurs, sans qu’il en résultât trop de monotonie pour celle des deux qui écoutait.
—Madeleine?
—Ma chérie?
—Plus d’espoir, maintenant! Toutes mes illusions sont à vau-l’eau...
—Qu’en sais-tu?
—Mais Katia...
—Rien n’est encore si sûr...
—Que veux-tu dire, Madeleine? demanda Viéra frémissante, en s’arrêtant de marcher pour mieux écouter la réponse de sa compagne.
—Que Katia est souffrante, sa grossesse compliquée, et que...
—Ah! tais-toi, cria Mlle Erschoff! Tais-toi! Cela, je ne le veux pas! fit-elle d’une voix impétueuse. Maudite soit ma pensée, si elle doit nourrir de tels espoirs!