Viéra parcourut fiévreusement le Kiévlanine.
—Rien de grave, dit-elle à Madeleine en respirant.
En ce moment, Mavra vint dire à la Française que Natalia Grigorievna Lévine demandait à lui parler dans la cour.
—Mais fais entrer, dit Viéra à la bonne.
—Elle ne veut pas, milaïa. Elle dit qu’elle est très pressée.
—Alors, va vite, Made!
—Sais-tu ce que c’est? fit la Française en rentrant au bout d’un moment. Natalia Grigorievna part comme infirmière à Kharbine. Elle a passé son examen aujourd’hui même à Kieff, et on l’a convoquée sur-le-champ... Samedi, elle se mettra déjà en route. Elle ne veut voir personne avant son départ pour qu’on ne la distraie pas de son enthousiasme; exception n’a été faite en ma faveur qu’à fin de me recommander la classe de Vodopad. Mais je suis chargée d’un souvenir pour Tatiana Vassilievna et tous les tiens. Sais-tu ce qu’elle me disait encore? Que les dépêches de Kieff annoncent que le navire Piétropavlovsk, sur lequel se trouvaient l’amiral Makaroff, le grand-duc Cyrille, le peintre Véreschtchaguine et un grand nombre d’officiers et de matelots, a rencontré une mine dans la baie de Port-Arthur, en revenant d’un combat, et qu’il a sauté avec tout l’équipage et les officiers qu’il contenait, sauf, cependant, le grand-duc qui, on ne sait comment, ne fut que précipité dans l’eau, et put regagner le bord en s’accrochant à une épave...
—Seigneur!
Viéra devint très pâle.
—Et si Serguié... commença-t-elle.