«L’amiral Makaroff se trouvait avec ses officiers d’état-major sur le pont du navire, où étaient aussi le grand-duc Cyrille et le peintre de batailles Véreschtchaguine.

«Après la première explosion, une seconde se produisit, d’une violence telle que tout fut démoli. Une énorme masse d’eau entra dans le navire, mais aussitôt parurent de la fumée et des flammes. On comprit que le Piétropavlovsk avait dû toucher une mine posée par les Japonais dans la mer, le long de la côte, avec ce calcul que nos vaisseaux, se rangeant à la sortie du port, la rencontreraient sur leur route.

«L’explosion fit six cents victimes, parmi lesquelles l’amiral Makaroff et notre illustre peintre, Véréschtchaguine. Le grand duc Cyrille put, heureusement, se jeter à l’eau et regagner le bord à la nage. Entre la seconde explosion et l’échouement du navire, se passèrent une minute et quarante secondes. La direction de la flotte est confiée momentanément à l’amiral Witheff.»

Quand Mlle Burdeau eut fini de lire, ses yeux se levèrent sur Viéra, dont elle rencontra le regard anxieux.

—Eh bien! demanda celle-ci, n’avais-je pas raison?

—Oui. Mais, grâce à Dieu, le Bayann n’a presque pas souffert. On ne dit pas qu’il ait perdu des hommes.

—Mais on ne dit pas non plus qu’il n’en ait pas perdu. Enfin, attendons des nouvelles d’Odessa, dit la jeune fille en soupirant.

Une semaine se passa. Rien n’arrivant, Viéra se décida à demander par dépêche ce que signifiait ce silence. Le soir, Akim, envoyé à la gare de Tiétiéreff, rapporta la réponse.