Elle abandonne son front aux frôlements câlins des rayons espiègles, rafraîchit ses joues brûlantes au souffle pur de la brise, force ses pensées à s’imprégner de la sérénité du ciel, et c’est presque calme qu’elle jette au cocher l’adresse de Vadim Piétrovitch Dimitrieff.
—Rue Nestérovskaïa, 50.
Le minuscule fiacre s’engage dans une rue, puis dans une autre; voici le théâtre, les arbres de la Foundouklaïevska...
De nouveau, le cœur de la jeune fille se met à battre éperdument; une insupportable agitation bouleverse ses nerfs. Le hasard, si cruel parfois, ne déroutera-t-il pas ses chers calculs? Permettra-t-il que Vadim lui-même vienne ouvrir sa porte?... Ou bien, le coup de timbre ne fera-t-il apparaître que le visage poilu de la «baba Iaga»?
Lorsque Madeleine descend du fiacre, si bas que son marchepied est presque de niveau avec le trottoir, elle croit qu’il lui sera impossible de faire un pas, tant ses jambes sont molles. Et pourtant, elle parvient bientôt au palier du premier étage.
—Drrrinn...
Un pas se rapproche; le cœur de la jeune fille se vide, comme si une pompe pneumatique en retirait tout le sang. Ses oreilles bourdonnantes ne peuvent distinguer si les pieds qui foulent le parquet de l’antichambre appartiennent à une vieille femme revêche, ou bien s’ils sont chaussés de souliers masculins. Mais clic! le verrou de sûreté se déclanche... la porte s’ouvre!
—Vadim Piétrovitch?
—Mademoiselle?