—Mais regarde, regarde encore, dit Viéra; ce n’est pas tout. Je connais ses crises, moi; toujours, à présent, trois accès régulièrement se suivent: la gaieté, d’abord, puis la colère, puis l’épouvante!
—Ah! je n’en puis plus, fit Katia d’une voix brisée! Laisse... je ne veux plus la voir!
Pauvre Sacha, pauvre, pauvre!...
Mais, malgré elle, ses yeux cherchèrent de nouveau l’endroit où la folle, depuis quelques instants, avait recommencé ses gestes.
Toujours la même scène, murmura Viéra comme en se parlant à elle-même: la catastrophe du silo... C’est l’émotion de ce revoir! Le corps rejeté en arrière, la tête détournée du spectacle sanglant que sa démence renouvelait à ses yeux; les bras étendus et crispés dans le vide, Sacha semblait la statue vivante de la terreur...
—Mais va, Viéra, va la calmer, sanglota Katia; moi, je ne saurais... non, je n’oserais!...
Viéra fit signe que c’était inutile...
—Personne ne peut la toucher dans un moment pareil. Aux débuts, maman ou moi, nous parvenions à la calmer; mais maintenant elle devient furieuse à blesser quelqu’un, si on l’approche; il faut laisser la crise se passer d’elle-même...
—Tu parles de maman; nous n’avions pas songé à elle, la malheureuse! Et si elle entendait... Oh! écoute!... C’est trop affreux!