La tête enfouie dans ses mains, Katia continuait à pleurer doucement...
Viéra s’assit auprès d’elle, mais sans chercher à la distraire; sans doute ces larmes apaiseraient-elles le cœur si bouleversé d’émotions diverses que la jeune femme subissait depuis son retour à Vodopad... Ce ne fut que lorsqu’elle vit sa sœur s’essuyer une dernière fois les yeux et rester immobile, le regard perdu sur ses pensées, le buste appuyé contre le dossier du sopha, les deux bras affalés tout le long d’elle d’un geste las, que la jeune fille se décida enfin à lui poser la question qui, depuis la scène de tout à l’heure, brûlait ses lèvres impatientes.
Touchant légèrement Katia du doigt, elle demanda tout bas:
—Eh! bien?...
La jeune femme resta quelques instants sans répondre, puis, se tournant à demi vers sa sœur, elle leva sur celle-ci un regard encore rempli de la vision tragique, et dit lentement:
—Je ne puis plus t’en vouloir!
Lorsque, une demi-heure plus tard, Tatiana Vassilievna écarta à son tour les pans de la tapisserie qui séparait le salon de la chambre de Katia, ses yeux rencontrèrent un spectacle qui ravit de joie son cœur maternel. Assises sur le sopha à côté l’une de l’autre, ses deux filles enlacées formaient un groupe étroit. Viéra tenait une des mains de sa sœur dans les siennes, et la jeune femme, brisée par la fatigue et l’émotion, dormait, la tête doucement posée sur l’épaule droite de sa cadette...
—Béni soit Dieu! murmura la maman en embrassant longuement des yeux les enfants de sa tendresse!
Puis, sans attirer l’attention de Viéra qui, toute à sa nouvelle joie, ne s’était pas aperçue de sa présence, elle sépara de nouveau les deux côtés de la portière, et sortit sans bruit de la chambre en souriant à ses pensées...
Mars-Août 1905.