Elle appuya sur ce prénom avec tendresse.
—Alors, vous aussi, vous m’aimez? Un peu, dites? fit la voix hésitante du jeune homme.
—Non, pas un peu. Profondément; oui, profondément.
—Ah! chère!
Un lent et silencieux baiser sur la main de Viéra compléta cette phrase. Evguénï, suffoqué de bonheur, eût été incapable de la finir par des mots. Ce fut la jeune fille qui, la première, revint à elle.
—Maintenant que nous nous sommes dit ce que nous avions à nous dire, Evguénï Nikolaïevitch, dit-elle en plongeant dans les yeux du jeune homme son regard honnête et bleu, nous pourrons attendre sans trop d’impatience que les deux années nécessaires à l’achèvement de vos études s’accomplissent. Je ne vous demande pas si vous me resterez fidèle jusqu’alors, car ce sont là, en vérité, des questions bien oiseuses. Connaissons-nous nous-mêmes le fond de notre cœur, et pourrions-nous, lorsque nous savons à peine ce qui s’y passe au moment où nous parlons, répondre de son avenir?... Je crois en vous, je crois en votre loyauté, mais cependant, à Dieu ne plaise! si ce malheur de ne plus être aimé par mon Evguénï, devait m’arriver un jour, du plus profond de mon âme je jure aujourd’hui que je ne garderais contre lui ni rancune ni colère. Dites-moi ceci aussi pour votre compte.
—L’étrange serment! Mais puisque vous le voulez, Viéra, qu’il en soit fait selon votre désir. D’avance, bien-aimée, je vous absous... Ah! non, ce sont là de trop cruelles paroles, je ne puis achever!
—Et pourquoi auriez-vous moins de courage que moi?
—Qui sait? Peut-être m’aimez-vous moins que je ne vous aime...
—Ou peut-être vous aimé-je plus pour vous-même que pour moi; tandis que vous...