Comme un des nombreux bancs de bois sculpté adossés aux murs de feuillage sollicite leur préférence d’amoureux poétiques par les décors pittoresques dont le lichen et la mousse se sont plu à l’orner, les jeunes gens s’asseyent sur ses planches craquantes et s’apprêtent à jouir, recueillis, de la beauté du ciel, de la fraîcheur de l’air, de la paix mauve du crépuscule et de la félicité sans nom qui habite en eux-mêmes. Leurs mains sont unies, les battements de leurs cœurs se répondent... Là-haut, émergeant de la soie pâle des nuages, les têtes curieuses des étoiles leur sourient, et tout autour du banc sur lequel ils reposent, des milliers de petites corolles blondes secouées par le frôlement d’aile d’un oiseau attardé tombent avec un bruissement doux, éparpillant à la brise la poudre d’or de leur pollen et l’âme mourante de leurs parfums...
—Et croyez-vous, Vadim Piétrovitch, disait plus loin la bouche gracieuse de Maria Pavlovna, poursuivant une conversation commencée, que je n’aie pas souffert un peu, moi aussi, de notre séparation?
—Puisque c’est vous qui l’aviez voulue, répliqua la voix de l’étudiant où se devinait un reste de rancune.
—Mais ce n’est pas une raison! Ne souffrons-nous donc que par les autres? Combien plus souvent, hélas! nous nous forgeons nous-mêmes nos chagrins!
—Alors, ce n’était pas simplement pour vous débarrasser de moi que vous m’avez défendu de chercher à vous voir, il y a quatre ans? Quatre ans, déjà, mon Dieu!
—Vous ne le croyez pas, Vadim Piétrovitch, à quoi bon ces vaines paroles entre nous? Je vous... ai aimé, puisque je vous l’ai dit.
—Mais non prouvé.
—Pardon, prouvé!
—?
—En vous le disant.