—Les paroles ne coûtent rien...
—Oh! Vadim Piétrovitch! Comment pouvez-vous dire! Un mot d’amour de certaines femmes—et je me crois digne d’être de celles-là—n’équivaut-il pas au don de toute leur personne?
—Permettez, chère! Les effets en sont bien différents.
—Voilà que nous nous engageons encore une fois dans une voie tortueuse, dit la jeune femme en rougissant délicieusement.
—Cela ne pouvait manquer, du reste, et c’est pour cette cause, Vadim Piétrovitch, que je vous ai, il y a quatre ans, fait défendre ma porte. C’est pour cette cause aussi, que je ne voulais pas vous suivre tantôt dans votre promenade à travers ce parc suggestif. Hélas! j’ai été faible! (C’est toujours cela qui nous perd, nous autres femmes, la faiblesse!) Quand on ne doit pas s’aimer, Vadim, il n’y a pour deux cœurs honnêtes qu’un parti à prendre: éviter de se voir. C’est ce qui nous a permis, n’est-ce pas, de garder un souvenir si exquis l’un de l’autre pendant ces trois années écoulées et que nous sommes en train de gâter à cette heure par des phrases frivoles. Aussi bien, ajouta la jeune femme,—et sa voix, à ces mots, infiniment devint triste,—à quoi bon défendre avec tant de chaleur une chose qui a cessé d’exister; une ombre que toute la menteuse griserie d’un tête-à-tête crépusculaire chercherait en vain à faire revivre?... Ah! laissons, laissons les morts dormir en paix dans leur cercueil!
—Alors, pour vous, Maria Pavlovna, notre amour est un sentiment si effacé, si lointain, qu’il ne mérite plus que le nom de fantôme?... Vos paroles sont cruelles!
—Moins cruelles que la réalité.
Un lourd silence tomba sur ces paroles.
Vadim, n’ayant point trouvé le cri spontané par lequel les convaincus de l’amour répondent à des phrases comme celles-là, estimait que son devoir maintenant était de se taire. Ce fut la jeune femme qui, au bout de quelques instants, renoua l’entretien.