—Viens, frère! Je... te... pardonne... tu entends?
Elle touche le Petit Russien du doigt.
Danilo lève les yeux... L’expression de son visage n’est plus celle que l’idole a connue jadis. Il est pâle, sombre, anxieux... Au lieu de sourire comme il l’a fait après maintes querelles, ses yeux n’ont qu’un mélancolique regard... Il n’ose baiser la main qu’Aleksandra lui tend...
—Tu es encore fâché? C’est bien!
—Dieu m’en préserve! Non, seigneuresse; mais je suis indigne... Et c’est vous qui venez vers moi!
—Suis-je belle? interrogea l’idole se tournant en tous sens pour montrer sa robe de paysanne. Je te plais? Oui?... Alors, viens! Nous allons, dit-elle mystérieusement, mettre du lait près du poële pour les couleuvres, et nous les regarderons boire; puis nous jouerons avec elles. Et je te montrerai des écureuils, une belette, un pivert, que j’ai trouvés dans la forêt après l’orage. L’averse les avait presque noyés, les pauvres! Comme c’est bien que tu aies fini la cage! Il faudra encore en faire une, deux, plutôt, car le pivert ne peut habiter avec la belette; elle serait capable de le croquer, la rusée!... Que donnerons-nous ce soir aux écureuillets? Il n’y a pas de noisettes à l’isba, et il faudrait chercher longtemps pour trouver la cachette où leurs frères amassent des provisions pour l’année! D’ailleurs, ce ne serait pas juste de priver ces écureuils-là pour nourrir ceux d’un autre nid... Eh! je suis sûre qu’ils mangeraient bien de nouvelles noix, quoiqu’elles ne soient pas encore mûres; nous irons en cueillir tantôt. Matouchka, voilà! Je te ramène ton fils!
Un regard mouillé d’Evlampia enveloppa les enfants de sa tendresse.
—Donne du lait, petite mère, que les couleuvres viennent.
—Tu n’as plus peur?
—Depuis longtemps!