—Veux-tu que Danilko te chante un couplet, mon cœur, demanda la grand’mère à Sacha? Va, mon fils; la barichnia ne t’entendra plus souvent, maintenant; ni ta vielle babouchka, hélas! Sais-tu ce qu’il faut chanter? La romance du tzigane qui ressoudait les samovars; il te l’a apprise; c’est beau! «V’polnotchné diènn, kakda...» hé, hé! Voilà que moi aussi je chanterais! Et mon trésor dira: «Fi! le vieux corbeau!... No, es-tu prêt?»
Le gars avait passé le ruban de sa guitare triangulaire au cou; il pinça les premières notes de la romance.
—Viens sous l’auvent, d’abord, dit Sacha, l’air est redevenu doux, nous serons mieux là, dans le parfum des fleurs.
—Comme il te plaît, seigneuresse!
Danilo reprit sa ritournelle, puis attaqua la chanson tzigane.
A minuit
Lorsque tout dort
D’un sommeil ensorcelé,
Viens, ma belle
A mon balcon!...
O nuit, suspends ton cours
Et toi, lune, cesse de briller...
Car, qu’importe? Tu ne sais pas
Tu ne devineras pas mon secret...
Le soir s’épandait sur la forêt, pur, lumineux, suave; un soir exquis de fin d’orage. Toute l’amertume, tout le trouble de l’âme d’Aleksandra se fondaient dans la douce paix des choses ambiantes... Des rêves tièdes comme le giron d’une nourrice berçaient au rythme du chant sa pensée sommeillante... Elle était presque heureuse, la pauvre petite idole si longtemps désolée!... Cette belle soirée d’été... ces êtres familiers... ces chants... ces atours dont elle est parée!...