Un sourire flotta sur son pâle visage. Elle mit un doigt sur ses lèvres, et, avec toutes les précautions du mystère, prononça:

—Ia niéviesta (Je suis fiancée).

Des larmes obscurcirent les yeux de Viéra; pourtant il fallait songer à autre chose qu’à sa douleur, à soi... Elle prit sa sœur entre ses bras et la baisa sur ses joues froides.

—Ma chérie, lui dit-elle tendrement, il est très tard, tout le monde dort; nous allons, sans réveiller maman, nous retirer dans notre chambre. Mamotschka n’est pas bien... l’orage de tantôt a bouleversé ses nerfs... Viens sur la pointe des pieds. Tu veux bien dormir, n’est-ce pas?

—Eh! je peux...

—Alors, viens!

Les deux sœurs sortirent enlacées; il était temps; Tatiana Vassilievna montait déjà en compagnie de Vadim les marches du perron.

Viéra aida Sacha à se dévêtir; puis, profitant de l’instant où, affalée devant l’image sainte, la pauvre petite marmottait ses prières du soir avec une ferveur factice et machinale, elle sortit de la chambre et s’en fut rassurer sa mère que son oreille aux aguets avait entendu rentrer.

—Ne t’inquiète plus, mama chérie, Sachinnka est ici... Depuis un bon quart d’heure, ajouta-t-elle en un pieux mensonge! Mais elle a eu toute l’averse sur le dos; elle avait froid, je l’ai fait se coucher tout de suite. Elle ne voulait pas s’exécuter sans te dire bonsoir; alors je lui ai affirmé que tu dormais, que tout le monde dormait pour la décider. Maintenant, n’allez pas faire de bruit, car elle se lèverait...

—Ah! enfin! Béni soit Dieu! murmura Mme Erschoff dans un soupir.