Un rire maintenant épanoui fit briller à travers sa moustache les dents blanches de Vadim.
Tatiana Vassilievna, un peu abasourdie, un peu... poule, comme disaient ses filles, ne savait si elle devait approuver cette joie ou s’en défier. Enfin, comme toujours, son indulgence, sa parfaite bonté furent les plus fortes. Les traits de son visage se détendirent à leur tour, et les tendres yeux bleus—d’un bleu pâle et limpide comme celui des yeux de Viéra—sourirent au jeune homme.
—Affreux savant! dit-elle en hochant sa tête de droite et de gauche... Et toute la jeune génération est ainsi! Enfin! Dieu le veut, sans doute.
Tatiana se signa trois fois.
—Allons, bonsoir, mon fils! On n’entend rien de ce côté, fit-elle l’oreille tendue vers la chambre de ses deux plus jeunes filles... Elles dorment, les enfants! Moi, je m’en vais me coucher aussi. Ce n’est pas une heure, mais je suis fatiguée; et avant que ma toilette soit faite... Tu te promèneras encore un peu, peut-être? Va attendre Mlle Burdeau et Katia à la grille pour leur recommander de ne pas faire de bruit, et dis à Andreï de rentrer les chevaux par derrière. Bonne nuit, Vadia, bonne nuit, mon chéri!
Le lendemain matin en s’éveillant, Viéra entendit Sacha qui geignait sous ses couvertures. D’un bond elle fut hors de son lit, écarta avec précaution le couvre-pied de soie bleue que sa sœur avait rabattu sur sa tête, et se pencha sur le frêle visage. Il était rouge de fièvre, et la bouche continuait à se plaindre vaguement; pourtant la petite idole dormait!
Viéra n’eut garde de l’éveiller et se mit sans bruit à faire sa toilette. Mais quelques instants plus tard, un gémissement plus prononcé que les autres la fit accourir près du lit. Sacha s’était assise sur son séant et tenait sa tête dans ses mains.
—J’ai mal, fit-elle quand Viéra parut.
—Où ça, ma pauvre?