Un hennissement du cheval mourant lui répond.
—Danil...ko! fait-elle encore avec un peu d’impatience.
Rien. Si, pourtant, un faible râle; mais ce n’est pas là la voix familière de son Danilo. L’idole appelle une troisième fois.
—Da...nil...ko...!
—Aleksandra Piétrovna!
Quelqu’un a gémi ce nom au fond du silo! N’est-ce pas...? Eh si, c’est Danilo! C’est le chaste fiancé de sa démence!...
Sacha se traîne vers la fosse; elle voudrait y descendre, mais ses forces la trahissent: elle ne peut plus se mouvoir.
Alors, l’idole se laisse tomber tout de son long sur le bord du talus verdoyant, avance la tête en se retenant aux branches d’un prunellier, et plongeant ses regards dans l’abîme, embrasse d’un coup d’œil le spectacle tragique!
En ce moment, un éclair de raison, pareil aux lueurs vacillantes d’une lampe qui va s’éteindre, jaillit de son cerveau; elle comprend toute l’horreur de ce qui vient de se passer!
Sa fatigue disparaît. D’un bond elle se relève, descend en s’accrochant aux ronces la pente du silo, et vient tomber aux pieds de Danilo.