DEUXIÈME PARTIE
IX
A présent, le doute n’était plus possible. Tout le monde savait à la datcha.
Quand Akim eut raconté à Mavra ce dont il avait été le témoin dans le silo, et que celle-ci, le plus doucement qu’elle put, l’eut redit à sa maîtresse, ce fut une scène de désespoir indescriptible.
Tatiana Vassilievna, maintenant que le malheur qu’elle avait pressenti était consommé, ne pouvait croire qu’il fût possible. Et le pis, c’est que la chose ne devait pas avoir de fin!... Une longue, longue misère qui allait durer toute la vie!
On consulta les spécialistes de Kieff; puis Vadim partit pour Pétersbourg, chargé de consulter le célèbre psychiâtre Bogdanoff.
Le praticien, comme ses confrères plus humbles, était d’avis de ne soumettre Sacha à aucun traitement spécial. «La vie de nos cliniques, dit-il au jeune homme, est bonne pour les aliénés qui ne peuvent être soignés chez eux ou pour les fous dangereux que l’on craint. Dans le cas présent, rien ne vaudrait la vie de liberté et de grand air et les soins de chaque instant dont le sujet jouit. D’ailleurs, puisque la moindre résistance à ses caprices a des effets si déplorables, mieux vaut laisser aller les choses jusqu’au jour—qui n’arrivera pas, espérons-le—où une intervention par la force deviendrait nécessaire. On sait encore bien peu de chose sur la folie héréditaire, avait conclu l’aliéniste, et c’est malheureusement la plus difficile à guérir. Sur un mal accidentel, on peut avoir des prises; mais, contre une tare de plusieurs générations!...»