Favart.
A AGLAURE.
Air: Un soir dans la forêt prochaine.
Sous la fenêtre de sa belle
Un jeune amant contait ses maux;
Sa plainte attendrit les échos,
Mais n'attendrit point l'infidelle.
Le désespoir au fond du cœur,
Sur un luth dont sa main craintive
Fait gémir la corde plaintive,
Il soupire ainsi sa douleur:
«Beauté, de mon cœur souveraine,
«Apporte un terme à mes tourments;
«Est-ce à mon âge, est-ce à vingt ans
«Qu'on devrait connaître la peine?
«Eh quoi! me faut-il sans retour
«Fermer mon cœur à l'espérance?
«Et sans qu'il s'ouvre à la souffrance,
«Ne peut-il s'ouvrir à l'amour?
«Objet de ma constante flamme,
«Je t'ai dû mon premier désir;
«Je t'ai dû le premier soupir
«Qui soit échappé de mon ame;
«Par un sentiment de plaisir,
«Quand j'ai commencé ma carrière,
«Faut-il qu'un sentiment contraire
«Vienne si vite la finir?
«Tu reposes, et moi je veille!
«Si du moins un songe amoureux,
«Interprète de tous mes vœux,
«Les murmurait à ton oreille!
«Il te dirait qu'un même jour
«Je vis, j'adorais mon Aglaure,
«Et qu'un même jour doit encore
«Finir ma vie et mon amour.»
C'était ainsi que sur sa lyre
Il contait sa peine aux échos,
Quand le confident de ses maux,
L'écho cessa de les redire.
Soit qu'il fit des vœux superflus,
Soit qu'il eût touché l'infidelle,
Sous la fenêtre de sa belle
Le jeune amant ne chanta plus.
M. A. M.