Ce tour de force fut exécuté de la façon la plus simple. Le morse harponné par Oûgiouk était une femelle. Dumas avisa ses mamelles gonflées de lait, les détacha fort habilement, et en versa le contenu dans deux seaux contenant chacun dix litres.

Il confectionna ensuite une soupe monumentale à laquelle il incorpora, à défaut de pain frais, une bonne dose de biscuit, et le docteur qui s'y connaît, déclara que c'était parfaitement délectable.

Puis, la majeure partie de l'énorme animal fut arrimée en prévision des disettes futures, ce qui ne contribua pas peu à rasséréner l'équipage et à lui faire voir l'avenir comme à travers un prisme.

Et c'est ainsi que, chose absolument invraisemblable, on atteignit au 7 avril le quatre-vingt-septième parallèle Nord.

Le pôle n'est plus qu'à trois cent trente-trois kilomètres!...

Quatre-vingt-six lieues terrestre!...

Il n'y a pas à dire: le docteur Hayes avait seul raison contre tous. Une fois franchies, les formidables barrières qui défendent l'approche des eaux de l'extrême Nord, on doit trouver la mer libre.

La preuve c'est qu'on avance lentement, mais sûrement vers le but si ardemment poursuivi.

Ainsi, l'allégresse est-elle générale, à bord de la chaloupe où, malgré l'encombrement et une promiscuité souvent bien gênante, on trouve un certain confort très relatif d'ailleurs, mais dont furent privés maints explorateurs des régions hyperboréennes.

Pensez donc, la température est tout juste assez basse pour permettre l'usage des fourrures. La manœuvre des embarcations nécessite un exercice modéré, suffisant à chasser l'ennui qui résulterait d'une oisiveté forcée, le moteur électrique fonctionne à merveille, sans fumée, sans escarbilles, sans odeur de graisse!...